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Guide technique

L'essai pressiométrique Ménard : guide complet(EM, pl*, interprétation)

C'est l'essai in situ le plus utilisé sur les chantiers français, et la base du dimensionnement de la plupart des fondations. Le pressiomètre Ménard mesure d'un seul coup la déformabilité et la résistance d'un sol, directement dans le terrain. Comment ça marche, que signifient EM et pl*, et comment lire un profil pressiométrique ? Ce guide fait le tour.

Mis à jour : Juillet 2026
Temps de lecture : 10 min

Qu'est-ce que l'essai pressiométrique Ménard ?

L'essai pressiométrique est un essai de chargement réalisé directement dans le sol, au fond d'un forage. Le principe : on descend une sonde cylindrique dans un trou préalablement foré, puis on la gonfle progressivement contre les parois. En mesurant, pour chaque palier de pression, de combien le terrain se déforme, on obtient une relation directe entre pression appliquée et déformation du sol.

L'immense avantage

Cette méthode mesure le comportement du sol en place, dans son état naturel, sans avoir à prélever un échantillon qui serait forcément remanié pendant le transport et la manipulation.

L'essai a été mis au point dans les années 1950 par Louis Ménard, ingénieur des Ponts et Chaussées, qui dépose le brevet du pressiomètre en 1955. Sa méthode, capable de donner en un seul essai la déformabilité et la résistance du terrain, est devenue une référence française reprise dans de nombreux pays.

La norme en vigueur

NF EN ISO 22476-4

Deuxième édition — Septembre 2021

Cette norme a remplacé l'ancienne norme française NF P 94-110-1. Elle bénéficie des enseignements du projet national ARSCOP et apporte des évolutions notables sur la mise en place de la sonde, les systèmes de pilotage et d'enregistrement, ainsi que sur les méthodes d'interprétation.

L'essai s'inscrit dans le cadre de l'Eurocode 7 pour la reconnaissance et le calcul géotechniques.

Les trois paramètres mesurés

L'essai fournit trois grandeurs, qui sont le cœur de son intérêt :

EM

Module pressiométrique (MPa)

La déformabilité du sol : plus EM est élevé, plus le sol est rigide

Calcul des tassements des fondations
pl*

Pression limite nette (MPa)

La résistance à la rupture : la pression au-delà de laquelle le sol cède

Calcul de la portance des semelles et des pieux
pf

Pression de fluage (MPa)

La frontière entre comportement élastique et plastique du sol

Qualification de l'état du sol, contrôle qualité de l'essai

Ces paramètres alimentent directement les méthodes françaises de dimensionnement des fondations : NF P 94-261 (fondations superficielles) et NF P 94-262 (fondations profondes).

Comment se déroule un essai

1

Le forage

On réalise un forage soigné, à la profondeur d'essai voulue. La qualité de ce préforage est déterminante — un trou mal calibré ou remanié fausse tout l'essai.

2

La descente de la sonde

La sonde pressiométrique (à trois cellules : une cellule centrale de mesure encadrée de deux cellules de garde) est descendue à la profondeur d'essai.

3

Le chargement par paliers

On augmente la pression par paliers successifs, en relevant à chaque fois le volume injecté (donc la déformation du sol).

4

L'enregistrement

Le contrôleur pression-volume, aujourd'hui souvent numérique, enregistre les données. Les afficheurs modernes offrent une lecture plus fine que les manomètres analogiques.

5

L'exploitation

On trace la courbe pressiométrique, dont on déduit EM, pf et pl*. L'essai est répété à différentes profondeurs pour établir un profil complet.

Lire une courbe pressiométrique

La courbe se lit en trois phases :

1

Phase 1 — La recompression

La sonde reprend contact avec le terrain remanié par le forage. Cette phase ne caractérise pas le sol intact.

2

Phase 2 — La phase pseudo-élastique

La courbe devient une droite. C'est sa pente qui donne EM, le module pressiométrique.

3

Phase 3 — La phase plastique

Le sol se déforme de plus en plus pour un même incrément de pression. La courbe s'infléchit puis diverge. C'est cette phase qui conduit à pl*, la pression limite.

Le rapport EM/pl*

C'est un indicateur précieux : il renseigne sur la nature du terrain (les sols granulaires et les sols cohérents ne présentent pas les mêmes rapports) et permet de contrôler la cohérence de l'essai.

À quoi sert le pressiomètre dans un projet ?

Identifier les couches

Succession des couches de terrain et leur nature

Dimensionner les fondations

Portance des semelles et pieux, estimation des tassements

Choisir le type de fondation

Superficielle ou profonde, profondeur d'ancrage

Vérifier un terrain traité

Colonnes ballastées, inclusions rigides

Alimenter les missions G1/G2

Conformément à la norme NF P 94-500

En pratique, comprendre l'essai pressiométrique, c'est comprendre comment la grande majorité des fondations françaises sont calculées.

Questions fréquentes

Matériel et fiabilité de la mesure

La validité d'un essai pressiométrique repose sur trois maillons : la qualité du forage, l'état du matériel (sonde, tubulures, contrôleur pression-volume) et son étalonnage. Un appareillage dérivé ou une sonde fatiguée produisent des courbes inexploitables — avec, à la clé, un dimensionnement de fondations basé sur de fausses valeurs.

Besoin de matériel pressiométrique ?

GEOTS met en relation les acteurs de la géotechnique : bureaux d'études, entreprises de sondage, loueurs de matériel d'essai et d'instrumentation, spécialistes de l'étalonnage. Besoin de matériel pressiométrique, d'un étalonnage ou d'un prestataire pour vos essais in situ ?

Ce guide est fourni à titre informatif. La réalisation et l'interprétation des essais pressiométriques doivent être confiées à des professionnels qualifiés, conformément à la norme NF EN ISO 22476-4.